Mardi 15 février 2005
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Tandis que je repense à tout cela [mon week-end en Bretagne, à venir si j'ai le temps] et le régurgite sur le papier, le vol se poursuit, nous arrivons bientôt sur Singapour, 18h heure locale et pas moins de trente degrés a l’extérieur, le petit déjeuner nous a été servi il y a un peu plus d'une heure, l'avion redécollera dans 2 heures et il commencera à faire nuit, comment ne pas être complètement déboussolé avec tout ça.
Air France nous a servi des sandwiches "étouffe chrétiens" : deux pauvres morceaux de fromage perdus dans un bout de pain et une bière 25cL. Ce n'est pas ça qui va rassasier mes voisins teutons mais une heure de vol ne doit pas valoir plus d'effort de la part de la compagnie aérienne. L'escale à Frankfurt dure une heure, ce qui laisse juste le temps de parcourir les interminables couloirs du terminal (pourquoi nous larguer à la dernière porte d'embarquement alors que notre vol semble être l'un des derniers de la journée?) et de rejoindre un premier guichet d'enregistrement pour me prendre la tête avec l'hôtesse d'accueil, ma guitare ne pouvant rester avec moi en cabine et devant aller en soute alors que d'autres passagers voyagent avec plus de trois bagages a main. Mais je reste calme, les aéroports sont devenus de haut-lieux de paranoïa gouvernementale et me mettre à gueuler ici sur la possibilité de revenir un jour balancer une bombe incendiaire serait une très mauvaise initiative de ma part, je réfrène donc mes ardeurs de soupe au lait. Je parcours ensuite l'aéroport dans une autre de ses longueurs pour atteindre la zone internationale où je me fais fouiller deux fois de suite, preuve de la sécurité renforcée en cette quatrième année après BL. J'embarque dans un Boeing (le nom vient, je crois, du bruit que fait le moteur quand il rebondit sur le sol) dans la première rangée après la première classe, ce qui fait que j'ai de la place pour étendre mes jambes même si je ne suis pas très grand et que je n'aurai pas à bouger pour laisser passer mon voisin à la prostate visiblement déficiente assis à cote de moi quand il devra se précipiter aux toilettes pour ne pas mouiller son pantalon. "Ça t'arrivera un jour, petit con!" Chaque siège contient dans son accoudoir un petit écran LCD et une télécommande/manette pour zapper entre les différents programmes de qualité, les jeux et le plan de vol pour suivre en temps réel les formidables pays que nous survolons à plus de mille kilomètres par heure.
Qantas nous soigne aux petits oignons, pas moins de quatre repas servis pendant les dix-huit heures de vol et d'une qualité tout à fait honorable (comme ces délicieux raviolis au potiron, yum yum). A croire qu'ils nous engraissent comme des cochons pour nous larguer au-dessus de la Papouasie et que nous servions de dîner à je ne sais quelle tribu d'anthropophages à étuis péniens fièrement dressés vers le ciel. Ce qui me semble être une punition assez juste, l'homme blanc déforestant son habitat juste pour le plaisir de posséder un beau mobilier de jardin en bois précieux exotique qui sera du plus bel effet devant sa piscine en forme de rein (image de madame langoureusement avachie tandis que monsieur s'occupe de son barbecue, une occupation exclusivement masculine et que les enfants s'ébattent dans la piscine avec le labrador de la famille, sic je vais être malade).
Mais je m'égare, comme d'habitude, le vol se passe plutôt bien, personne n'a été parachute sur Java. En parlant de ça, quelqu'un peut-il me dire pourquoi au début du vol les hôtesses nous montrent les issues de secours et l'emplacement des gilets de sauvetage? C'est d'un parachute dont j’aurais besoin et je ne me souviens pas d’avoir jamais entendu parler d'un amerrissage réussi. Pas d'explosion de supernova, pas de feu d'artifice, on survole pourtant des zones a risque : Turquie, Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan, Inde, Indonésie mais ouf! aucun barbu dégénéré n'a pris l'avion pour cible avec un lance-missiles "solaire" soviétique volé et revendu par un ex-agent du KGB reconverti en VRP free-lance ("je hais ces cosaques antisémites"), pas de détournement non plus à l'aide des couverts en plastique ou avec un taille-crayon, je n'aurai pas à mettre en pratique mes techniques de combat au couteau de pique-nique apprises en regardant les films de Steven Seagal (je pense à ça car la télé diffuse "piège en haute mer"). Juste un sale gamin qui a pleure du décollage de Frankfurt jusqu'à Singapoure (onze heures de vol) et qui a très peu dormi (moins que moi). Par miracle, j'avais pris mes bouchons d'oreille, je ne sais pas pourquoi je les avais mais ça a du sauver la vie de ce gosse qui sinon aurait gagné un baptême de l'air sans aucun frais supplémentaire pour ses parents.
5/2